Egalité de genre : l'économie sociale s'outille pour progresser
L’économie sociale1 fait-elle mieux que l’économie classique en matière d’égalité des genres ? Une étude menée par Crédal pointait des inégalités bien réelles. Mais le secteur a un atout que l'économie classique n'a pas toujours : la capacité à interroger frontalement son propre fonctionnement. Sur cette base, Crédal a développé plusieurs outils pour aider les ASBL et coopératives à progresser. Au-delà d'une simple cohérence avec leurs valeurs, travailler sur l'égalité de genre rend ces organisations plus efficaces et résilientes. Un enjeu tout aussi crucial qu'un plan financier solide.

Un secteur qui choisit de se regarder en face
En Wallonie, les femmes représentent 74 % de l’emploi dans l’économie sociale, contre 44 % dans l’économie classique. Le secteur est donc majoritairement féminin. Mais ce ratio ne se retrouve pas dans les postes à responsabilité : selon les constats posés par Crédal (dans une étude de 2023), seule 1 femme sur 10 y occupe un poste de cadre. Plutôt que de laisser ce constat sans suite, Crédal, agence qui accompagne autant des structures d’entrepreneuriat collectif que des femmes entrepreneures, en a fait un axe de travail.
Aujourd’hui, l’organisation développe des outils concrets pour aider les ASBL et coopératives à se saisir de cette question. Elle en présente une première application de terrain, menée à la Maison des Associations de l’Entre Sambre et Meuse (Chimay) et qui a aussi donné lieu à un podcast qui sera diffusé lors d’une séance d’écoute collective et de débat le 22 septembre à Namur.
Travailler sur le plafond de verre et une prise de parole inégale
Parmi les inégalités se trouve le plafond de verre dans les instances de décision, confirmé par les chiffres mentionnés plus haut et récoltés par Crédal : les postes de direction dans l’économie sociale sont largement occupés par des hommes, tout comme les postes dans les organes d’administrations.
Les « tâches invisibles » sont assurées par les femmes : comme la coordination logistique (réserver une salle de réunion, s’assurer que le matériel et le café soient présents), mais aussi la gestion des tensions.
Autre aspect : en réunion, les prises de parole, même en groupe mixte, sont aussi déséquilibrées. Les hommes utilisent plus de temps pour parler, ce qui en termes de gouvernance et prise de décision peut avoir des conséquences.
Des outils déployés sur le terrain
Ces constats ont été, documentés en 2023 dans l’étude « Le genre, angle mort de l’économie sociale ? » (Elodie Dessy, Centre d’économie sociale de l’ULiège, menée avec ConcertES et les agences conseil agréées en économie sociale). Ce qui a donné naissance à un kit d’une douzaine d’outils concrets pour les ASBL, coopératives et structures d’accompagnement. Parmi eux, l’horloge du temps située permet de rendre visible, par un exercice simple, la répartition genrée du temps consacré aux tâches domestiques, professionnelles et de loisir au sein d’un collectif.
Sur le terrain, Crédal a déjà accompagné la Maison des Associations de l’Entre Sambre et Meuse (Chimay) : analyse du déroulement des réunions, focus groupe. Après un diagnostic, la Maison des Associations a mise en place d’un groupe de parole réunissant six femmes dirigeantes d’associations du territoire (actives en insertion socioprofessionnelle, aide à la jeunesse, culture). Des extraits de ce groupe de parole composent le podcast qui sera présenté et suivi d’un débat le 22 septembre.
Une des pistes d’action pointée : intégrer la question du genre de manière transversale, sans que cela soit perçu comme intrusif par les équipes, plutôt que d’en faire un seul moment, comme des journées consacrées à cet enjeu.
Au-delà de cette expérimentation, Crédal propose aux ASBL et coopératives un autodiagnostic ainsi qu’un diagnostic genre complet, portant sur cinq dimensions : l’accès au pouvoir et à la prise de décision, la répartition du travail visible et invisible, la culture organisationnelle, la prévention des violences et le modèle de gouvernance. Ce diagnostic débouche sur un plan d’action concret co-construit avec le collectif concerné.
« Nous avons construit tout un accompagnement », résume Patricia Cardon, Directrice du Pôle Accompagnement chez Crédal. « Dans une structure d’économie sociale, si le collectif ne fonctionne pas, la structure ne fonctionnera pas non plus. C’est tout aussi important qu’un plan financier qui tient la route ou des statuts adéquats — ce n’est pas qu’une question de valeurs. Une organisation qui fonctionne bien collectivement est une organisation qui a interrogé la manière dont le pouvoir, le temps et la parole s’y répartissent. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si notre secteur est aujourd'hui fois plus résilient que l'économie classique1 : un de ses piliers, c'est justement la gouvernance. Ce qui est frappant, c'est que beaucoup de structures découvrent, en creusant, des mécanismes de discrimination qu'elles ne soupçonnaient pas, y compris les femmes elles-mêmes qui les vivent. Mais notre secteur a cette capacité à interroger son propre fonctionnement — et c'est précisément ce qui le rend plus fort ».
Une étude de l'Observatoire de l'Économie Sociale (ConcertES, 2025) montre qu'une gouvernance plus participative (la manière dont le pouvoir et la parole se répartissent dans un collectif) est un des piliers qui rendent les entreprises d'économie sociale plus résilientes. A 10 ans, leur taux de fermeture n'est que de 13%, contre 24% dans l'économie classique.
Un podcast pour documenter l’expérimentation et une écoute collective
La première expérimentation au sein de la Maison des Associations a été racontée sous forme de podcast, réalisé avec Ouvrir la Voix et Stéphanie Grosjean. Une manière de prolonger le débat, de réunir le secteur et de construire ensemble des actions.
Le podcast sera diffusé pour la première fois lors d’une séance d’écoute collective, ouverte aux acteurs et actrices de l’économie sociale le 22 septembre à Namur. Au-delà de l’écoute, ce moment est conçu comme un temps d’échange : comment le secteur peut-il continuer à se saisir collectivement de cette question ?
À propos de Crédal
Crédal est une coopérative financière et d’accompagnement, réunissant plus de 3700 coopérateurs. Depuis plus de 40 ans, Crédal soutient l’économie sociale le financement et l’accompagnement de projets. Depuis 20 ans, elle accompagne aussi l’entrepreneuriat des femmes via son pôle Entrepreneuriat au Féminin. Depuis 2023, elle a fait de la question du genre dans l’économie sociale un axe de travail à part entière, mené en collaboration avec ConcertES, le Centre d’Economie Sociale de l’ULiège et les 7 agences conseil agréées en économie sociale (Crédal, Febecoop, Propages, SAW-B, Step Entreprendre et Syneco).
Contact presse :
Nathalie PAQUET
Pour aller plus loin
Quelques chiffres
- Un secteur plus résilient : le taux de fermeture des entreprises à 10 ans est de 13% dans l'économie sociale contre 24% dans l'économie conventionnelle selon le chiffre de l’Observatoire de l'économie sociale, 2025). Les 4 piliers de résilience identifiés sont la raison d'être, gouvernance participative, réaffectation du profit, mixité des ressources https://observatoire-es.be/wp-content/uploads/2025/03/OES-ES-et-resilience-webFR.pdf
- 74 % de l’emploi en économie sociale est occupé par des femmes, contre 44 % dans l’économie classique
- 1 femme sur 10 seulement occupe un poste de cadre dans le secteur
- 37 % des membres de conseils d’administration d’économie sociale sont des femmes en Wallonie, davantage que dans l’économie classique (22 %), mais loin de la parité
- 7 femmes sur 10 dans le secteur travaillent à temps partiel
- Selon le baromètre 2024 de la Ligue des familles, 6 mamans sur 10 peinent à travailler à temps plein, contre 3 papas sur 10 — l’éducation des enfants restant majoritairement à charge des femmes
- Une enquête 2026 de SAW-B indique que 7 femmes sur 10 ne souhaitent pas s’impliquer davantage dans une fonction de direction, notamment pour préserver l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle
1 L’économie sociale se définit comme un secteur qui met l’humain avant le profit et regroupe des coopératives, ASBL par exemple





